avril 9, 2018

L’oeil de Colbert du 9 avril 2018

by Colbert in Market news

L’essentiel

  • Marchés : les marchés d’actions toujours animés par les échanges sur les droits de douane entre la Chine et les Etats-Unis.
  • Etats-Unis : le moral des entreprises reste toujours solide : cela va dans le sens de la poursuite de l’expansion économique. Augmentation des rendements à 10 ans des T-Bonds (obligations du Trésor US) de 10 pb et hausse des obligations d’entreprises également
  • Zone euro : l’inflation sous-jacente bloquée à 1% et léger affaiblissement de l’euro.

A la loupe : USA – Chine : war is coming ?

Suite à la publication d’une enquête dite de l’article 301, nous connaissons désormais la liste des différents produits menacés d’une augmentation des droits de douane américains. La Chine a donc réagi en publiant à son tour sa propre liste qui imposerait des droits de douanes supplémentaires de 25%. Cette liste représente un volume d’importation américaines de près de 50 milliards USD.

Est-ce que ces déclarations de part et d’autre sont à prendre au sérieux et amorce le début d’une véritable guerre commerciale ? Au-delà d’une volonté d’affichage de la part de Trump, il nous semble plus probable que ces mesures visent à instaurer le dialogue entre la Chine et les Etats-Unis. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le ministre des Finances chinois en déclarant qu’il était temps de négocier et de coopérer.

Par ailleurs, la Chine montre sa volonté d’ouverture et de réforme qui devrait être confirmé lors du forum asiatique de Bo’ao du 8 au 11 avril prochain. Le président chinois Xi Jinping doit y intervenir. Des accords seront donc sûrement trouvés avant l’entrée en vigueur de ces droits de douane…

Au rapport : étude du spread entre Libor et OIS

Aux Etats-Unis, l’écart entre le Libor et l’OIS («Overnight Indexed Swap ») a atteint 60 pb, soit son plus haut depuis mai 2009. L’OIS est une norme de référence de taux d’intérêt sur le plan international. L’OIS concerne principalement les opérations d’échange de taux référencées sur une maturité quotidienne. Par exemple, si le taux est l’Eonia contre le Libor à trois mois, l’échange concernera la différence entre les intérêts des deux produits. Seule cette différence sera versée par l’un des deux contractants à l’autre. Le Libor est le taux auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles. L’explosion de cet écart en 2007 avait été un signe précurseur de la crise des « subprimes ».

Le contexte est aujourd’hui différent. Les investisseurs ne s’inquiètent pas de la qualité des fondamentaux des banques. La forte hausse d’émission de bons du Trésor au premier trimestre 2018 est une explication régulièrement avancée. L’augmentation de l’offre de trésorerie américaine, conjuguée à la réduction du bilan de la Fed, a réduit le montant global des liquidités. Cette explication est insuffisante : le taux d’intérêt des bonds du Trésor est resté beaucoup plus contenu que celui du Libor.

Les entreprises américaines sont devenues un acteur majeur sur le marché du papier commercial américain. Les entreprises américaines ont accumulé d’énormes quantités d’argent à l’étranger au cours des dernières années (environ 1 600 milliards de dollars). Les bénéfices accumulés sont, pour partie, investis dans des CP (« Commercial Paper » : titres de créance émis par les entreprises sur le marché monétaire). Au cours de la réforme américaine des fonds monétaires en 2016, les investisseurs institutionnels ont transféré près de 800 milliards de dollars des fonds monétaires « prime » (contenant des titres privés) vers les fonds monétaires investis en titre d’Etat.

Nous pensons que ce qui importe le plus à l’écartement Libor-OIS est le changement dans l’offre et la demande de papier liée à la réforme fiscale de Donald Trump :

  • La nouvelle réforme fiscale encouragera les entreprises à rapatrier leurs bénéfices détenus à l’étranger et à les utiliser. L’impact sur la demande de papier est donc négatif.
  • Les banques non-américaines pourraient être à court de financement en dollar après le rapatriement des bénéfices étrangers par les entreprises américaines. En effet, les volumes d’émission de CP financiers ont récemment atteint leur plus haut niveau depuis 2016. La réforme fiscale encourage également les banques à lever des fonds directement sur le marché monétaire américain plutôt que d’effectuer des swaps de devises (accord conclu entre deux parties qui s’échangent un montant déterminé de devises étrangères et s’engagent mutuellement à effectuer régulièrement des paiements correspondant aux intérêts ainsi qu’à se rendre le montant échangé à une échéance déterminée).

Performance des principaux indices